A propos

Voyage dans la lumière et le temps : Une entrevue avec Matthieu Hallé, lauréat du concours Pleins feux Vidéo de SAW Video

 
par Andrew Braid
 
À l’automne 2013, SAW Video s’est associé au Festival du cinéma numérique Digi60 à Ottawa pour créer le prix Pleins feux de SAW Video destiné à un réalisateur de la région d’Ottawa-Gatineau démontrant un talent particulier et une approche cinématographique unique. Le lauréat de la première édition de ce prix est Matthieu Hallé, un véritable artiste indépendant en devenir. From Sound to Sun, le film qui lui a permis de participer à l’édition 2013 de Digi60, est un court-métrage expérimental, muet et en noir et blanc, mettant en vedette Terry O’Brien dans le rôle d’un guitariste qui a du mal à accepter qu’il devient sourd.
 
Chaque année, le Festival Digi60 impose une « attrape » aux cinéastes participants : un thème, un objet, une phrase ou un nom de personnage qu’ils doivent intégrer dans leur film afin d’être admissibles à la compétition. L’attrape de cette année était de faire un film sur la notion de découverte, et From Sound to Sun s’inscrit parfaitement dans cette thématique. Le protagoniste du film en apprend beaucoup sur lui-même alors qu’il est confronté à sa perte auditive, et grâce à une astucieuse utilisation très limitée du son, le public fait cette expérience avec lui. Le seul son qu’on entend est celui d’une cascade d’eau qui ouvre le film et revient à mi-chemin. Le son est si puissant qu’il semble noyer tout le reste, reflétant l’idée que la perte auditive du protagoniste « noie » le monde autour de lui et produit chez lui un sentiment d’aliénation. Mais quand le soleil se lève, on a l’impression que le protagoniste a trouvé la force de continuer. Selon Hallé, le film porte sur quelqu’un qui découvre le soleil, et sur le fait  « qu’on tient le soleil pour acquis et qu’il est facile de l’oublier parfois. » Or dans son film, le soleil représente aussi d’autres choses que nous avons l’habitude de tenir pour acquises, à savoir notre capacité d’entendre, et la richesse des expériences que la vie nous apporte. Hallé a été inspiré par des artistes qui défient le sort en créant de grandes œuvres tout en luttant contre des déficiences sensorielles telles que la perte de la vue ou de l’ouïe. « Quand on est musicien et qu’on ne peut pas entendre les sons que l’on produit, on vit un conflit, dit-il, [et] dans From Sound to Sun j’ai voulu explorer ce dilemme de l’artiste. »
 

Quand on lui demande ce qui lui a donné envie de faire du cinéma, Hallé répond laconiquement : « Un nombre infini d’interactions au fil des milliards d’années qui ont mené à l’invention et à l’accessibilité des caméras vidéo numériques, et un nombre infiniment plus grand d’interactions qui ont favorisé les expériences positives que j’ai moi-même eues avec des caméras. » Et tout en reconnaissant que ce n’est pas particulièrement original, il affirme que ce qui le définit comme artiste, c’est « d’être fidèle à l’instant et honnête envers ses personnages. » Hallé estime que la collaboration avec ses acteurs est indispensable à son travail. « Ils apportaient toujours de nouvelles idées et de la vie au  film, dit-il. À certains égards, j’aurais fort bien pu leur accorder des crédits comme scénaristes et réalisateurs… Nous nous faisions vraiment confiance les uns les autres. » Hallé affime que son expérience avec le festival Digi60 a été aussi très positive. « Je crée des films en pensant à un grand écran, à un espace dénué de distraction, et Digi60 offre un endroit idéal pour cela. » Il fait remarquer que Digi60 s’est développé rapidement et qu’il s’agit là d’un véritable festival pour cinéastes, un festival où « ce sont les cinéastes qui finissent par décider ce qui s’y passera », ce qui signifie qu’en bout de ligne les résultats sont « toujours surprenants ».

Les œuvres précédentes de Hallé comprennent notamment une série de cinq courts-métrages intitulée Light and Time. Ces courts-métrages expérimentaux ont permis au cinéaste de créer et d’explorer sur une base régulière. Hallé se souvient qu’au moment où il travaillait au premier court-métrage de cette série, il a remarqué une lentille à ouverture minuscule qu’il n’utilisait pas beaucoup. Il s’en est servi pour filmer quelques plans du soleil, ce qui lui a donné envie de continuer à expérimenter à l’aide de différentes techniques visuelles. Parfois, il n’utilisait même pas de lentille du tout, seulement un censeur pouvant capter différents motifs lumineux. Cela correspond au principal objctif artistique de la série, qui est de « réduire l’acte de filmer à l’essentiel, soit la lumière et le temps ». Hallé considère également la série Light and Time comme une forme de collaboration : collaboration avec les réglages, avec l’éclairage et avec les objets, ce qui dépasse stricte la notion de « collaboration » qui consiste à travailler avec les gens. « Une collaboration réussie, c’est aussi de faire confiance et de travailler en harmonie avec absolument tous les éléments qui composent le film. Ainsi donc, je suis toujours en train de collaborer avec le temps qu’il fait, avec la lumière, et avec la caméra ».

En 2013, Hallé a aussi réalisé son premier long métrage, intitulé Margraue, dont la première a eu lieu à Victoria au mois de février. Le film raconte l’histoire d’un homme qui assume le rôle d’enseignant dans un monde post-apocalyptique dénué de technologie numérique. Hallé a écrit, produit et réalisé ce film. Même s’il s’agit là d’un grand exploit, lorsqu’on lui demande quelle est la différence entre faire des courts ou des longs métrages, Hallé répond avec modestie que « la seule différence est le format ».

Hallé est déjà en train de prendre des notes pour un autre long métrage. Il travaille aussi à un nouveau court-métrage en lien avec la série Light and Time, dont le titre de travail est Projector and Time, et qui rend hommage au légendaire cinéaste expérimental Stan Brakhage.

Pour de plus amples renseignements sur Margraue, visitez le site web matthieuhalle.com

Pour voir les courts métrages de la série Light and Time de Matthieu Hallé, rendez-vous à vimeo.com/user5278376

Pour de plus amples renseignements sur le festival Digi60, rendez-vous à digi60.org

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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