A propos
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
FAITES CONFIANCE À L’INCONNU : EDWARD FOLGER (1941-2013)
 
Cinéaste, nomade, pionnier, mentor, père, ami
 
« Le temps n'est que la rivière où je m'en vais pêcher. Je bois son eau ; et tout en buvant, je vois le fond sablonneux et remarque comme il est peu profond. Son faible courant entraîne toutes choses, mais l'éternité demeure. » ― Henry David Thoreau
 

Les expérimentations d’Ed Folger dans le domaine de la technologie étaient le fruit d’une âme pétrie de poésie, de philosophie et de musique. Avide de technologie, Ed était aussi passionné de philosophie, et c’est peut-être la vidéo The River of Life (2006) qui illustre le mieux ces penchants. Constituée d’images vidéo tournées sur ruban ½ pouce dans les années 1970 à l’aide d’une caméra empruntée à la bibliothèque locale, cette vidéo nous convie à une promenade rêveuse à l’embouchure d’un fleuve soumis aux marées, dans une sorte de transe à la Thoreau, une méditation en noir et blanc traversant un paysage de marais herbeux, de rivière et de ciel.
 
Une anecdote rapportée dans The River of Life résume l’essentiel de la longue relation qu’a entretenue Ed avec la technologie. Un jour, Ed est retourné à la bibliothèque locale pour emprunter la caméra afin d’effectuer une autre journée de tournage, mais la bibliothécaire, une fervente chrétienne, lui a refusé son prêt sous prétexte que la caméra avait capturé le Saint-Esprit et était désormais considérée comme un objet sacré. Se disant que la dame avait associé le Saint-Esprit à un simple phénomène de lumière parasite, Ed a poursuivi ses travaux à l’aide de son appareil photo. Dans la version finale de la vidéo, achevée vingt-huit ans plus tard, Ed a inclus des images provenant des deux méthodes de captation, lesquelles, prises ensemble, évoquent avec puissance le caractère indicible d’une époque et d’un lieu.
 
Ed Folger est né à New York, à la veille de l’attaque de Pearl Harbor et de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Sa longue carrière fut celle d'un érudit : d’abord étudiant en physique, il s’est inscrit en littérature à l'Université Columbia, puis il est devenu dramaturge et poète tout en expérimentant du côté de la photographie. Dans les années 1960, il a commencé à s’impliquer dans la production de longs métrages à New York et à Los Angeles, faisant son apprentissage avec Milos Forman et Alain Resnais et travaillant aux films de Michelangelo Antonioni, James Ivory, George Lucas, John Cassavetes et Brian de Palma, entre autres.
 
En 1977, Ed a réalisé le film Nanook Taxi pour la chaîne PBS, premier long métrage de fiction tourné dans le Grand Nord canadien. Tourné en anglais et en inuktitut et mettant en vedette des comédiens inuits dirigés par le regretté Joanasie Salomonie, Nanook Taxi est une œuvre fondatrice dans l’histoire du cinéma canadien, qui dépeint de manière détaillée la vie dans le Grand Nord au cours des années 1970. Peu après, Ed s’est établi dans le Grand Nord pendant dix ans, où il a enseigné et travaillé, de 1980 à 1985, à la Nunatsiakmiut Film Society, contribuant à la formation de toute une génération de cinéastes inuits, notamment Zacharias Kunuk et Paul Apak, qui plus tard ont fondé les productions Igoolik Isuma. Puis Ed a mis de côté le cinéma pendant une vingtaine d’années, se consacrant à sa famille et travaillant comme programmeur informatique, avant de retourner à la création au milieu des années 2000.
 
J’ai rencontré Ed peu après son arrivée à Ottawa en 2005, alors qu’il jouissait d’une importante réputation à titre de producteur associé du film THX 1138 de George Lucas. La première fois qu’il a franchi les portes de SAW Video, je me suis retrouvé en présence d’un sympathique artiste d’un certain âge qui désirait s’impliquer au sein d’une nouvelle communauté. Et c’est bel et bien ce qu’il a fait. Ed s'est joint au conseil d’administration de SAW Video en 2005, où il a joué un rôle très actif pendant huit ans. Membre du comité d’équipements de SAW Vidéo, Ed était un ardent défenseur des suites de montage sur PC, opposant maints arguments contre le fait que le centre se tournait vers le matériel Apple. Habitué à guider de jeunes artistes, il a dirigé en 2005-2006 la dernière classe du Programme jeunesse de SAW Video, et, en 2011, il a appris aux artistes du projet Jog + Shuttle à créer des vidéos avec du matériel analogique et du ruban ¾ de pouce.
 
C’est aussi au cours de ces années d’implication à SAW Video qu’Ed a réalisé ses œuvres les plus personnelles, notamment The River of Life (2006), le court-métrage The Soul of Wit (2007), la vidéo expérimentale No Happy Endings (2008), le documentaire Light And Chaos : Art by Juan Geuer (2009) et le film d’animation Lessons in Democracy (2010). Ces dernières années, le caractère aventureux d’Ed et sa curiosité en matière de technologie l’avaient emmené à explorer de nouvelles façons de pratiquer la vidéo et à s’impliquer auprès d’une nouvelle communauté, cette fois grâce au programme informatique Second Life. De 2010 à 2013, Ed s’est servi de Second Life pour collaborer avec des artistes du monde entier en créant une série de « Machinimas », des œuvres d’animation tournées en temps réel au sein même de l’environnement généré par le programme. Le dernier poème-machinima d’Ed, Meetings with Remarkable Avatars, a été achevé en 2013.
 
Au cours de l’intense période de créativité qu’il a connue pendant sept ans à Ottawa, Ed n’en était pourtant qu’au début de certaines expérimentations.
Sa disparition soudaine et prématurée en novembre 2013 a laissé plusieurs projets inachevés et créé un grand vide dans notre communauté.
 
Dans ces mots qui rappellent The River of Life, Ed a écrit sur ​​sa page Vimeo :
 
Quand je mourrai, j’aimerais me retrouver dans le grand marais salé. Rendez-moi aux herbes grasses et aux marées, là où il n’y a pas de mort, que les cycles de la vie. Faites que ma tombe soit marquée d’un magnifique plant de spartine. Regardez-le onduler dans la brise, voyez comment il capte la lumière, et pensez à moi. (Rachel Carson)
 
Edward Folger - Faites confiance à l'inconnu
 
Texte de Penny McCann
 
 
EDWARD FOLGER – Filmographie sélective:
 
Meetings with Remarkable Avatars (2013, 20 min.)
The River Of Life, Or, The Case Against Certainty (2012, 80 min.)
The Melancholy of Resistance (2012, 10 min.)
The Marine Corps Does Not Want Robots (2011, 5 min.)
Peyote, It Was Sweet (2011, 5 min.)
Memento Mori (2011, 6 min.)
Lessons in Democracy (2010, 5 min.)
Water, Light and Chaos: Art by Juan Geuer (2009, 20 min.)
No Happy Endings (2008, 10 min.)
Never SAW It (with Mosha Folger, 2008, 20 min.)
The Soul of Wit (aussi On the Correlation between Modalities of Schizophrenia and the Techniques of Cinematograph Performance) (2007, 10 min.)
The River of Life (2006, 25 min.)
Nanook Taxi (1977, 70 min.)
The Upturned Face (court-métrage, 1973)
The Explanation (court-métrage, 1970)
Washington 10/21/67 (documentaire, 1967)
 

 


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