A propos

Quand des fans de cinéma deviennent réalisateurs : Grant Jeffrey et Magill Foote, lauréats du prix Pleins feux de SAW Video

Texte de Ben Macdonald-Dale

Magill Foote se rappelle avoir vu le premier Jurassic Park au moment où le film est sorti en salle.

« J’avais 11 ou 12 ans, j’étais fasciné par les dinosaures. C’était le moment idéal pour le voir, et pendant des années, il est resté mon film préféré. »

On retrouve cet enthousiasme enfantin dans le court-métrage Jurassic Park IV (according to an 8-year-old) (2014) qu’il a réalisé avec son collègue Grant Jeffrey. Ce court film d’animation met en scène le point de vue d’un jeune garçon qui fait la promotion d’un nouveau film de la franchise Jurassic Park. Le film fait appel à ce que Grant appelle « la logique des enfants », et comporte de nombreuses références au premier Jurassic Park, ce qui réjouira les fans de ce film. Le court-métrage a remporté le prix SAW Video pour le réalisateur le plus prometteur, ainsi que le prix Parktown pour le meilleur scénario lors de l’édition automne 2014 de Digi60, le Festival de cinéma numérique d’Ottawa.

Si Jurassic Park IV a été récompensé à l’édition d’automne de Digi60, l’origine de sa création remonte à l’édition du printemps qui l’a précédée. Les réalisateurs avaient alors présenté le film Full Tilt, tourné dans les salles de jeux de House of Targ à Ottawa, et le film avait remporté le prix Fantaisie du Festival Fantasia, qui s’accompagnait d’un voyage à Montréal pour assister au Festival de films Fantasia. C’est à Montréal qu’ils ont rencontré Matthew Jancovic. « Un obsédé de cinéma, comme nous, se souvient Magill, alors on s’est très bien entendus ». Ils jouaient tous à un jeu de société quand « il nous a parlé de cette idée qu’il avait eue, à propos de Jurassic Park IV. Le film Jurassic Park IV allait sortir cet été-là, cela l’irritait terriblement, et il a pratiquement déballé tout son court-métrage, là, sous nos yeux. Puis il y a eu l’édition d’automne de Digi60, dont le thème était les « films de fans », alors on s’est dit : parfait, on y va ! Tout s’est donc déroulé entre deux éditions de Digi60. »

Grant, l’animateur en chef du duo, explique que la facture volontairement brute de l’animation en papiers découpés de Jurassic Park IV s’inspire du style d’animation que Terry Gilliam a créée pour Monty Python. L’animation de Jurassic Park a été réalisée à l’aide de Photoshop et d’After Effects, mais on a veillé à ce que l’image ne soit pas trop léchée.

Grant et Magill partagent la même passion pour le cinéma. « J’ai toujours aimé le cinéma, rappelle Magill. Mon père aimait regarder des films, alors j’ai grandi en allant au cinéma presque tous les weekends. J’ai toujours su que je travaillerais dans l’industrie du cinéma. J’ai d’abord pensé devenir réalisateur, puis acteur, et lorsque je suis entré à l’Université Carleton, j’ai su que je voulais devenir monteur. Pour mes 18 ans, mon père m’a offert un caméscope et de l’équipement que je pouvais brancher à mon ordinateur pour faire du montage. »

Grant, son collègue, a commencé à réaliser des courts-métrages afin de les soumettre à des concours de cinéma amateur, tout en poursuivant ses études secondaires à Walden, Ontario. « Puis j’ai déménagé à Ottawa pour étudier à l’Université Carleton, où j’ai rencontré Magill, et on fait des films ensemble depuis ce temps », explique Grant.

Ils se sont connus en deuxième année d’études cinématographiques, et ils ont participé à la réalisation d’un court-métrage produit par la Carleton Film Society.

« En collaborant à ce film, nous avons compris que nous aimions travailler ensemble », poursuit Magill, et que nous avions de bonnes idées pour d’éventuels courts-métrages que nous pourrions faire. Grant et moi travaillons encore ensemble à des projets de création, et nous assumons tour à tour différentes tâches. Nous co-réalisons tous nos projets, mais en changeant parfois de rôle. Il m’arrive de réaliser et de jouer, alors, d’une certaine manière, je réussis à faire tout ce que j’avais cru un jour pouvoir faire. »

Ensemble, ils ont fondé la compagnie Rule2 Productions, qui réalise des vidéos pour différentes associations, que ce soit des petits groupes communautaires ou des ONG, de même que leur propres projets de création. Magill décrit ainsi leurs séances de remue-méninges : « Grant et moi sommes assis dans sa cuisine, à nous défoncer au café tout en lançant des idées dans tous les sens. » Mais quand il s’agit de concevoir un film pour une compétition, « notre processus créatif consiste surtout à être fâché l’un contre l’autre, à se battre pour nos idées, et à argumenter encore et encore. Quand nous sommes tous les deux bien épuisés, nous mettons au rancart toutes les idées émises par chacun, et nous trouvons une autre idée, que ni l’un ni l’autre n’a eue, mais qui contient certains éléments de toutes les autres idées dont nous avons débattu. »

Une fois le concept trouvé, il leur faut trouver les moyens créatifs pour concrétiser leur vision, et cela en dépit de ressources limitées. Comme l’explique Grant : « Nous travaillons avec un budget limité, mais cela ne limite pas nos idées. C’est plutôt un défi que de se demander comment nous allons réussir à faire ceci ou cela. » Magill renchérit : « Nous sommes très admiratifs des gens qui font beaucoup avec peu. Notre entreprise s’appelle Rule2Productions. La « Règle n°2 » de notre entente, c’est que la restriction engendre l’ingéniosité. Nous nous inspirons de gens tels que [le cinéaste canadien] Guy Maddin ».

« J’ai toujours été impressionné par les classiques du cinéma muet de Fritz Lang ou de Murnau, car ces réalisateurs faisaient face à d’importantes contraintes techniques », dit Grant. Selon lui, la situation des cinéastes indépendants d’aujourd’hui n’est pas sans rapport avec celle des cinéastes muets d’autrefois. « J’ai fait des films avec pour seul matériel un ordinateur portable attaché à un fil électrique, une ampoule lumineuse et de vieux journaux plâtrés sur le mur, et ça fonctionne. »

Magill a aussi médité sur le fait d’être un cinéaste à Ottawa : « Il semble qu’à Ottawa tout le monde se connaît plus ou moins, et il en résulte que la communauté cinématographique est très soudée. Tout le monde est prêt à s’entraider. Untel connaît quelqu’un qui peut composer une bande sonore, un autre recherche des acteurs peésentant telle ou telle caractéristique. Une fois que vous en faites partie, vous êtes relié à tout le monde, et des organismes tels que  SAW Video et IFCO [Independent Filmmakers Cooperative of Ottawa] peuvent vraiment vous faciliter les choses. »

En termes de projets d’avenir, le duo envisage de réaliser ce printemps un film qu’il soumettra au Festival Cellar Door d’Ottawa, axé sur les films « étranges et particuliers », et de contribuer à une anthologie de films d’horreur qui fera appel au talent d’une vingtaine d’équipes de cinéma de la région d’Ottawa. Le duo travaille également à une courte vidéo documentaire portant sur un film russo-ukrainien dont la réalisation s’est étalée sur dix ans.

On peut voir les films de Grant et Magill sur le site rule2productions.com

Ben Macdonald-Dale étudie en études cinématographiques à l'Université Carleton et effectue présentement un stage à SAW Video.

Publiée le 20 avril 2015

Crédits photographiques : Elise Tarrant et Digi60

 

 

 

 


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