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Partage d’idées : Craig Conoley et Partus Films

de Daniel McKenna

 

Dans la culture actuelle de domination des médias, de nombreux talents trouvent l’environnement commercialisé difficile, banal et peu sympathique. La création de films personnels et sensibles est essentielle au mandat de Patrus Films de Craig Conoley. La compagnie est axée sur l’art et réalise des documentaires, de la poésie, des vidéoclips, des installations et des objets promotionnels. Conoley reconnaît que même s’il est complexe pour une entreprise artistique indépendante de prospérer, sa contribution au milieu des arts est enrichissante, et constitue la clé du succès régional de Patrus Films.

Diplômé en études cinématographiques de l’Université Queen’s, Conoley cumule une première expérience en production média au Népal, où il travaille un an comme conseiller en communications au ministère de l’agriculture et du développement. Là, il réalise des documentaires sur divers mouvements coopératifs et forme d’autres personnes afin de soutenir ces réalisations. Au cours de l’année, Conoley est inscrite sur une liste noire par un groupe maoïste parce qu’il filmait une communauté transgenre. Cela a été une expérience marquante dans sa carrière. « J’ai appris sur l’éthique et la négociation entre les sujets et les parties intéressées. On oublie, parfois, que la caméra ne nous protège pas. Il est toujours important de connaître les véritables intérêts de tous », souligne-t-il.

Après avoir quitté le Népal, Conoley travaille un an comme concepteur vidéo pour Internet à Montréal avant de s’installer à Ottawa en 2010 où il se sent tout de suite interpellé par la communauté artistique. Il commence à réaliser des vidéoclips documentaires, et affectionne particulièrement la scène de slam. « C’est une véritable communauté, avec de vrais liens et des relations profondes », explique-t-il. « Ils sont compétitifs et honnêtes les uns envers les autres. Cela m’a donné beaucoup d’énergie. J’ai constaté que la sensibilité du slam se prête très bien à la forme documentaire parce que beaucoup de poésie est autobiographique – c’est personnel, passionné et visuel. »

Ainsi, Conoley s’intéresse à la « cinépoésie » qui devient la signature de Partus Films avec des productions comme Husniyah (2013), Kay (2012) et Poetry in Motion (2011). Le genre hybride émergent explore le jeu entre mot et image en alliant le mouvement du cinéma avec la performance de textes poétiques pour créer une forme très sensible. À la différence de la poésie vidéo, les films de Conoley laissent une grande place à l’expérimentation. « Le cinéma est beaucoup plus vaste que la vidéo – la vidéo est une innovation, un média, mais le cinéma, c’est une idée, un mouvement », insiste-t-il. Il tente d’aborder ce mouvement avec l’honnêteté de l’esthétique documentaire. La cinépoesie, selon lui, ne devrait pas être linéaire; elle devrait opérer comme la mémoire pour créer des espaces subjectifs et libres pour ses personnages, où mots et images se conjuguent ludiquement. Il espère que le milieu des arts à Ottawa assurera la longévité du mouvement.

L’artiste voit aussi le potentiel de la cinépoésie comme vecteur pour l’éveil de conscience sociale. Il veut introduire cette expression artistique collective aux enfants et aux adolescents de la région qui n’y aurait pas autrement accès. En partenariat avec Micheline Shoebridge de One World Awesome Arts, il va enseigner un atelier de dix semaines en cinépoésie à des jeunes de la Basseville. Les questions sociales seront intégrées au travail afin que les participants puissent les aborder par l’entremise de l’art. Finalement, Conoley s’intéresse à l’enseignement comme moyen d’élargir le dialogue sur cette forme discipline particulière.

 

De plus, l’artiste achève deux projets personnels. Le premier projet, Punched, est un court documentaire sur les séquelles d’une agression physique. Le portrait photographique sert à reconstruire le souvenir d’un événement pour mettre en lumière le processus de chacune des personnes concernées. Il planifie en faire une exposition. Le travail « porte sur la nature du traumatisme et de la violence, et leurs impacts sur une personne et sa communauté », explique-t-il. « C’est à propos de la thérapie d’exposition, de la réconciliation et de l’art comme ressource pour mieux se comprendre. »

Son deuxième projet est un long-métrage documentaire intitulé Life Songs. Y sont présentées les vies des participants d’un atelier de voix à Ottawa qui apprennent à chanter et à raconter leur histoire. Huit personnes expérimentent avec le mouvement et la malléabilité de la voix pour libérer leur récit personnel d’une société du spectacle. Ayant reçu la permission d’observer le programme, Conoley suit chaque sujet qui élabore une autobiographie ensuite, l’allégorise en conte. À partir de cela, ils écrivent des chansons ; le projet a culminé en mini-spectacles opératiques. Le cinéaste a été frappé par le partage et la guérison dans le programme malgré notre culture dominante d’aliénation. « J’étais une souris dans un coin et j’ai été transporté… Je voyais, sur le coup, une multitude de transformations personnelles et sensibles », rapporte-t-il. Le documentaire aborde aussi l’évolution de la chanson, des premiers contextes narratifs à la commercialisation d’une expression personnelle, phénomène que les participants tentent de transcender dans leur processus de guérison.

« Le film porte sur le récit de chaque participant et l’histoire culturelle qui surplombent ceux-ci », explique Conoley. « Je pose des questions : où est notre histoire ? Pourquoi passe-t-on tant de temps à consommer les histoires des autres ? Pourquoi opère-t-on dans une culture du spectacle ? Pourquoi perd-on notre agence lorsqu’il s’agit de nos propres récits ou mythologies ? »

 

 

Ce projet a beaucoup influencé Conoley. Il remarque qu’un des sujets est une sage-femme. En observant ses interactions quotidiennes, il a senti une affinité à son métier. « Le documentariste est une sorte de sage-femme. Chaque vidéo est un cadeau, comme un enfant. C’est d’où Partus est né. Partus veut dire livrer, mettre de l’avant ou accoucher, et décrit aussi le fœtus, avant qu’il ne soit entièrement développé », dit-il.

Conoley est sensible aux défis d’avoir une compagnie axée sur l’art comme Partus, mais s’avoue un romantique qui a connu beaucoup de chance, du succès, et qui continue à être honnête par rapport à son parcours. Il déclare : « ma mission est de reconnaître que je suis très chanceux d’avoir les ressources que j’ai, et de les partager autant que possible. Je veux offrir aux autres les occasions qu’on m’a offertes ».

Il décrit le milieu de la production artistique à Ottawa comme un environnement accueillant ou plusieurs petits groupes semblent exister comme entités séparées, mais qui se complètent plutôt dans une sorte de collage de collaboration entre Partus, Valkaline, Parktown Studios, Symphonic Filmworks, Treepot Media, One World Awesome Arts et SAW Video. L’objectif, selon Conoley, est de s’unir pour développer une communauté en cinéma qui n’est pas guidée par une logique marchande.

« Partus est en dialogue avec une tendance dans la culture actuelle, le DIY (do it yourself) – l’autoproduction », conclut-il. « Et ça fonctionne pendant un certain temps et ensuite, tu te rends compte que ça doit devenir le DIT (do it together) – le faire ensemble. »

Pour plus d’information : http://partusfilms.com/


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