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Spontanéité, danse et cinéma : une conversation avec Izabel Barsive

de Chelsea Churchill

Au fil de sa carrière, la productrice, réalisatrice, directrice photo et monteuse indépendante Izabel Barsive fait preuve d’une étonnante diversité. Elle commence à travailler comme réalisatrice après s’être spontanément inscrite à un concours (qu’elle gagne) pour les nouveaux cinéastes francophones commandité par TFO, un télédiffuseur francophone. Aujourd’hui, la compagnie Barsive Productions offre des services complets et bilingues en production vidéo, de la préproduction au montage. La compagnie œuvre dans plusieurs domaines, soit le film d’entreprise (promotionnel, éducatif, informatif), le documentaire, la vidéodanse, la documentation de spectacle, le court-métrage de fiction et l’émission baladodiffusée, parmi d’autres.

Sans formation traditionnelle en cinéma, Barsive développe son métier grâce à la persévérance et au travail assidu, des outils qu’elle acquiert à titre de journaliste pigiste pour Radio-Canada. « Comme journaliste, j’ai appris comment raconter une histoire », explique-t-elle. « J’étais une des premières à faire du montage numérique pour la radio et je le faisais moi-même, sans technicien ». Elle conjugue son parcours en photographie, en montage sonore et en journalisme (sa formation officielle) et se lance en réalisation cinématographique.

 

La danse revient souvent dans les créations de Barsive. Une expérience en contact improvisation, une technique de danse post-moderne où le mouvement découle des points de contacts physiques, l’inspire beaucoup ; elle s’intéresse et finalement se spécialise en vidéodanse. Elle prend plaisir à faire voir la danse de son œil. « Quand on regarde la danse sur scène, on la regarde depuis notre fauteuil. Mais quand il y a un cinéaste entre la danse et nous, le cinéaste transforme notre vision de la danse. Il partage sa vision et devient un intermédiaire entre le spectateur et le chorégraphe. » Elle est aussi porté sur la liberté d’expression en danse. « J’aime qu’il n’y ait pas de limites. Quand on produit une pièce de fiction, on ne peut jamais prévoir la réception du spectateur ; il y a beaucoup de jugements autour de la fiction. En danse, puisqu’il n’y a pas de références particulières, la forme est complètement ouverte à l’expérimentation et à n’importe quel style cinématographique. »



 

Barsive se nourrit de l’observation de danseurs et de leur gestuelle. Elle admire l’improvisation et la création en directe de l’interprète ; elle espère intégrer ces qualités encore plus dans sa propre démarche. « Je veux travailler avec des danseurs et des chorégraphes qui veulent improviser devant la caméra ; j’improviserais aussi », prévoit-elle. « D’habitude, je crée un scénario, un plan pour le cadrage, mais maintenant, plutôt que de planifier un film rigoureusement, je veux expérimenter sur-le-champ. Mes prochaines créations seront plus expérimentales avec la danse et la caméra. »

Actuellement, Barsive travaille à la promotion et à la diffusion de sa dernière vidéodanse, Patsy, dans les festivals. Patsy explore l’histoire d’une femme aux prises avec le vieillissement et l’alcoolisme. La réalisatrice souligne l’importance de la couleur en cinéma. Elle maintient qu’il ne suffit pas de proposer des couleurs ; il faut faire des choix éclairés. « Quand j’ai choisi la palette pour Patsy, je me suis rendu compte que mes connaissances techniques importaient peu. C’était plutôt des choix artistiques qui ont déterminé les couleurs. Quelle ambiance est-ce que je veux donner à l’image et pourquoi ? Quelle est mon intention ? En tant qu’artiste, je dois justifier ma décision. Je veux m’assurer que les couleurs permettent au spectateur de comprendre le sens des émotions. La couleur est le sens d’une vision artistique ; ce ne se limite pas au placement de la caméra, ou à la musique qui accompagne l’image. » La réalisatrice fait aussi de la recherche en vidéodanse dans le cadre de sa maîtrise.

Barsive a voyagé partout au Canada avec son travail, mais elle aime la nature collaborative du milieu du cinéma à Ottawa. Le scène outaouaise se distingue par sa générosité et sa gentillesse, soutient-elle. « Je trouve la communauté à Ottawa très humble. Personne ne joue la vedette. On se connaît et on s’entraide. Je suis sensible au courage de ceux qui mettent sur pieds des séries de visionnements, et les concours comme Digi60 (du Ottawa Digital Film Festival). Je pense que c’est très dynamique pour les débutants. » Barsive souligne que SAW Video est une ressource inestimable et une pierre angulaire de la communauté. Elle y donne nombre d’ateliers, y compris la production vidéo, une clinique pour les caméras HD, la rédaction de demande de bourse (en français), et elle a aussi été mentore pour le programme JumpStart. Professeure à temps partiel à l’Université d’Ottawa et à l’Université Saint-Paul, Barsive enseigne la production vidéo, entre autres, et SAW Video permet à ses élèves de partager leur travail au-delà de la salle de cours. « La communauté a besoin de SAW Video. C’est très important pour moi de faire le pont entre eux et mes cours. À SAW Video, je présente des visionnements des créations étudiantes… Les jeunes connaissent ainsi Club SAW, SAW Video et la Galerie SAW, et ce ne sont plus juste des étudiants, ce sont des artistes qui présentent leurs pièces à un public. »

Barsive tient aussi au Front des réalisateurs indépendants du Canada. Le groupe de cinéastes francophones représente leurs membres sur la scène politique et culturelle au Canada. Barsive a donné deux conférences au colloque du Front à Ottawa en 2012. Elle est fière de l’héritage des réalisateurs francophones. « Je suis membre depuis 2004 et j’étais une des premières administratrices de l’association. Les membres ont accès à de l’information, des services, de la formation et des bourses pour développer leur carrière en tant que cinéaste francophone à l’extérieur du Québec. »

Pour Barsive, le cinéma est avant tout une forme d’art et le cinéaste a besoin de qualités particulières. « Il faut être organisé et prévoyant, et très doué en résolution de problèmes. Il faut être un leader… parce qu’il faut diriger une équipe. Selon moi, il faut des connaissances, mais il faut aussi avoir ou développer une certaine personnalité... et bien sûr, une vision artistique. » Son conseil aux réalisateurs émergents : prendre des risques. « Allez-y, plongez. Mettez la main à la pâte, trompez-vous – n’ayez surtout pas peur de l’échec », encourage-t-elle.

Pour en savoir plus, consultez : www.izabelbarsive.com


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