A propos

Par Anne Dion

Morgana McKenzie se souvient du moment où elle a pris conscience de sa passion pour le cinéma : « En sixième année, j’ai réalisé une courte vidéo de graduation, en guise de cadeau d’adieu pour mes camarades de classe. Rien de compliqué. J’ai pris les vidéoclips que j’avais faits de mes amis tout au long de l’année avec ma mini-caméra portative, j’ai fait un montage sur iMovie et l’ai transféré le tout sur des DVD que j’ai offerts à tous lorsque nous nous sommes quittés. J’ai eu un immense plaisir à faire ça. Cet été-là, pendant les vacances, j’ai vu le film Super 8 de J.J. Abrams. Dans le film, des adolescents étaient en train de réaliser un court-métrage, et j’ai trouvé cette idée géniale. Cela a déclenché quelque chose en moi, et j’ai décidé de réaliser mon premier court-métrage, par un après-midi d’été, avec des amis et un caméscope. » Ce récit des débuts cinématographiques de Morgana est semblable à ceux de nombreux artisans dans l’industrie. Par contre, ce qui s’est passé après la 6e année, la rapide progression de Morgana McKenzie dans le domaine du cinéma, est loin d’être ordinaire. Au fil des années qui ont suivi, Morgana a réalisé ce que d’autres personnes plus âgées qu’elle espèrent encore accomplir.

On set - Charlene Burnside Photography

À l’âge de seize ans, la jeune cinéaste originaire d’Ottawa porte déjà les titres bien mérités de réalisatrice, monteuse et cinéaste. Elle peut s’occuper de pratiquement tout ce qui se passe devant ou derrière la caméra. Et pour éliminer tout doute sur les qualités impressionnante des créations de McKenzie, mentionnons qu’elles ont été consacrées par des festivals de films tels que le NFFTY (National Film Festival for Talented Youth), le Longleaf Film Festival et le festival CineYouth. Au moment où sa carrière de cinéaste a démarré, McKenzie participait au programme de mentorat Jumpstart de SAW Video pour l’année 2014, et elle a remporté l’année suivante le Prix de la vidéo indépendante d’Ottawa (PVIO) pour la Meilleure réalisation- moins de 25 ans.

Après qu’elle a découvert sa passion en 6e année, la carrière de McKenzie s’est développée, tout comme elle, gagnant en profondeur alors qu’elle gagnait en maturité. Sa première œuvre narrative, réalisée peu après ses débuts au caméscope, s’intitule MIRROR, suivie de ce qu’elle considère être son premier sérieux court-métrage, GIFTS. Mais quiconque s’aventure dans le monde du cinéma connaît des hauts et des bas. « Ça joue dur dans ce domaine, et les refus font partie de l’aventure. Mon premier court-métrage a été refusé dans tous les festivals, sauf un. Cela m’a atterrée, mais j’ai persévéré en tirant partie des conseils et commentaires que j’avais reçus. J’ai fait des progrès, et à partir de GIFTS, mes courts-métrages ont commencé à être acceptés dans des festivals pour jeunes cinéastes tels que NFFTY et CineYouth. » Pour la petite histoire, précisons que GIFTS a été accepté dans 25 festivals à travers le monde et a remporté neuf prix. Cela se passait en 2014. Depuis, l’adolescente ambitieuse a réalisé un sombre thriller intitulé Kurayami no Wa, qui a été sélectionné par quatre festivals de films et a remporté deux prix. La même année, elle a lancé un clip musical avec narration intitulé We All Go the Same, créé à partir de la chanson éponyme du groupe Radical Face. Le clip a été sélectionné par 18 festivals et a été primé à cinq reprises. Morgana est en train de tourner son prochain film, Ellie, qui connaîtra, on l’espère, la pente ascendante qui marqué sa trajectoire depuis le début.

En examinant les œuvres de McKenzie d’un point de vue extérieur, on ne peut s’empêcher de se demander comment quelqu’un d’aussi jeune a pu réaliser de tels exploits. J’ai demandé à Morgana ce qu’elle trouve le plus difficile dans le métier de cinéaste, et sa réponse témoigne d’une sagesse et d’une conscience étonnantes pour son âge : « C’est amusant de faire des films, mais c’est difficile. Comme je réalise mes projets en dehors de l’école, j’ai du mal à concilier mes études et mon travail. Ce qui est difficile en cinéma, c’est d’avoir confiance dans ses idées et dans ce qu’on fait. Tout le monde est critique de son propre travail, mais il faut pouvoir être critique tout en étant fier de ce que l’on fait. En tant que jeune cinéaste, on peut facilement avoir l’impression que notre travail est apprécié uniquement en raison de notre âge. Il faut toujours se convaincre que nos idées sont aussi valables que celles des autres. Il ne sert à rien de  trop se demander si l’on va « réussir », si l’on sera reconnu pour notre travail. Il faut cesser de penser à cela, et passer à l’action. »

Bien que tous les courts-métrages de McKenzie soient uniques en leur genre, on y retrouve toujours la même atmosphère sombre et dure. La jeune femme avoue être attirée par le genre du thriller. « J’aime créer du suspense, que le spectateur se demande ce qui va arriver. À chaque fois que quelqu’un me dit qu’il a le cœur qui bat et qu’il a hâte de savoir ce qui va se passer, j’ai le sentiment d’avoir atteint mon but. Par ailleurs, il me semble que les films effrayants sont souvent uniquement glauques et sanglants. Je voudrais réussir à changer cela grâce à la beauté de la création cinématographique et scénographique. Il n’est pas nécessaire que ce soit toujours des histoires d’adolescents stupides qui traversent un champ de maïs couvert de sang. »

Le conseil que donne Morgana aux jeunes cinéastes qui souhaitent suivre ses traces n’est pas sans évoquer une publicité Nike. « Je leur dis toujours la même chose : Faites-le. Commencez par quelque chose de petit, bien sûr, car vous ne pouvez pas vous attendre à recevoir un prix dès votre premier court-métrage. Lisez des livres, faites des recherches sur des choses que vous ne connaissez pas, recommencez quand vous échouez, et, dernier conseil mais non le moindre, voyez des films. Vous apprendrez beaucoup à simplement regarder, surtout si vous regardez avec des yeux de cinéaste. »

Ellie, le plus récent court-métrage de Morgana, porte une fois de plus sa signature tragique, et est en cours de tournage. « J’ai écrit mon dernier projet, Ellie, l’été dernier, sous le mentorat du scénariste primé John Jacobsen, dans le cadre d’un camp du nom de Prodigy Camp. Je suis maintenant en train de tourner ce film, qui sera mon court-métrage pour l’année. C’est un film sombre, l’histoire d’un adolescent séquestré qui tente de s’échapper d’une maison de campagne isolée et de son propriétaire. J’ai lancé une campagne de financement sur le site Kickstarter, et j’ai réussi à recueillir 3000 $ en cinq jours. J’espère maintenant recueillir un montant supplémentaire de 5000 $ pour la conception sonore et un cadeau spécial à mon équipe. »

a production de ses œuvres antérieures,. Ayant demandé et reçu une bourse de cet organisme, McKenzie décrit les avantages que SAW Video offre aux cinéastes comme elle-même par l’intermédiaire du Programme de mentorat Jumpstart : « J’avais accès à de l’équipement que je n’avais jamais utilisé auparavant, des artistes professionnels ont commenté mon travail, et j’ai eu l’occasion de suivre des ateliers de formation ».

L’atmosphère de ma rencontre avec Morgana évoque celle de la communauté du cinéma à Ottawa : confortablement petite, mais intensément amicale. Il s’avère qu’elle et moi avons fréquenté la même école primaire, à quelques années d’intervalle ; et l’actrice principale de GIFTS, Laura Gray, est la sœur cadette d’un vieil ami à moi. En tant que stagiaire à SAW Video, écrire sur Morgana McKenzie a été pour moi non seulement une source d’inspiration et un plaisir, mais cela m’a permis d’explorer le « petit monde » d’Ottawa.

 

Avec une telle carrière en début de parcours, je ne pense pas être la seule à penser que la trajectoire de Morgana McKenzie sera à surveiller de près. Le succès explosif qu’elle a connu sera bientôt nucléaire. Sa vision du cinéma demeure raisonnablement optimiste, lorsqu’elle affirme qu’« il y a énormémement d’aspects très gratifiants dans le cinéma. Il est toujours fascinant de voir une simple idée de départ ou un gribouillis sur un post-it prendre vie sur un écran, parfois même beaucoup mieux que ce que l’on avait imaginé. [...] J’ai commencé à faire du cinéma pour m’amuser, mais j’ai vite compris que je devais continuer dans cette voie. Je ne me vois pas arrêter de sitôt. » Maintenant que les projecteurs sont braqués sur elle, nous attendons avec impatience de voir ce qu’elle nous réserve dans l’avenir.

 

Anne Dion est étudiante de premier cycle en Cultural Studies à l’Université McGill à Montréal, et elle travaille comme bénévole à SAW Video.

Crédits photo :

# 1 (Maquillage d’une fée) Charlene Burnside Photographie

# 2 (Cabine photograhique bondée) NFFTY 2015


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